Besoin de vider la vie de ce qu'elle est, de ce qu'elle n'est pas. De tous les rêves qu'elle a brisé. De tout ce qu'elle n'a pas conquit. Ce n'est pas faute d'essayer. J'aurais bien voulu ouvrir les vannes, les portes, les fenêtres. La laisser s'échapper, courir, voler, créer. Devenir. La laisser se réaliser. S'inventer des mots à elle aussi peut-être. Histoire de. Histoire qu'elle puisse dire tout ce qu'elle ressent. Avec ses propres mots. Et c'est tout. Sans rien autour. C'est pas faute d'avoir essayé. Mais ça marche pas. Elle peut pas marcher toute seule, ni devenir ce qu'elle n'est pas.
J'ai essayé de lui tendre la main du coup. Pour qu'on essaye à deux, je me suis dit que ça marcherai peut-être mieux, en y allant main dans la main. En affrontant le monde ensemble. Mais elle n'a pas voulu non plus. Non, non. Je suis indépendante, j'y reste, qu'elle m'a dit. Okay... Tu dois en chier tu comprends, c'est toujours comme ça, c'est pareil pour tout le monde, a-t-elle continué. Oui, oui ça va, j'avais compris. Il faut se battre je sais. J'y peux rien moi si j'avais envie de me battre avec elle. Enfin de son côté je veux dire, pour plus être contre elle. Mais c'est pas dans les règles du jeu. Alors tant pis, on essaye autre chose. Je serai encore déçue, je sais. Lui, il me fera toujours du mal, reviendra quand il veut, et c'est à dire quand il faut pas et puis les autres seront toujours absents des vides que ça crée un peu partout.
Les enfants sont beaux quand ils jouent, quand ils sont heureux, quand ils oublient tout ce qu'ils ne savent pas encore. Je les regarde avec leur air d'insouciance et leur beauté à toute épreuve. Je ne les connais pas mais je les aime déjà. Pendant ce temps-là je suis face à face avec ma vie, en essayant de lui parler. J'hésite. Entre lui dire Merci. Ou alors Mais t'es dure avec moi, et avec d'autres encore plus !
J'ai encore poiroté deux heures l'autre jour, alors que je m'étais jurée y'a quelques temps déjà de ne plus jamais recommencer. Rrrrr, je me déteste. Je m'écoute jamais. Va savoir pourquoi... J'ai essayé de regarder la vérité en face. Une autre grande dame celle-là aussi, pas très commode non plus je dois dire. Mais différente de la vie quand même, elles ne sont pas nées dans le même berceau. La vérité elle m'a dit beaucoup de choses au cours de ma vie. Des choses que je n'ai pas toujours comprises. Alors là je lui ai demandé. Et elle m'a regardée droit dans les yeux. Et pour la première fois elle n'a pas su quoi dire. Elle ne savait pas. Rien du tout. Elle a levé les yeux, cherché un petit peu, puis a refixé ses yeux sur moi en disant "C'est à toi de trouver, tu es grande maintenant".
Là, c'est moi qui n'ai pas su quoi dire. J'aurais voulu lui dire que non, que je n'étais pas grande du tout, que je ne voulais pas l'être d'ailleurs, quand j'étais encore une toute petite fille et que j'avais encore besoin qu'on m'aide. Que j'avais peur aussi. Très très peur. J'aurais voulu lui dire tout ça. Mais j'ai pas pu. Y'a des mots qui passent pas. Et même à la vérité, même si on la regarde en face, y'a des choses qu'on ne peut pas lui dire. Parce que la vérité, elle aussi elle est fragile. Et elle a parfois besoin d'être ménagée. Pas brusquée. Parce que parfois la vérité, elle ne tient qu'à un fil.
( Photo: xAsukax )De plus en plus n'importe quoi... Mais l'écriture est le seul moyen que j'ai trouvé pour survivre...